Portrait de chercheur.e #5 : Ludovic Desmedt, économiste

Parce que ce sont eux qui, avec vous, « font la Nuit », nous vous proposons une série de portraits de chercheur.e.s à retrouver le 29 septembre !

Economiste, Ludovic DESMEDT étudie les structures monétaires et financières dans une perspective historique. Et c’est passionnant !

L DESMEDT

Si la monnaie raconte l’histoire des échanges, et que ses formes varient jusqu’à la dématérialisation, elle parle aussi des rapports au pouvoir et aux institutions, des climats sociaux et de l’histoire des peuples : « L’évolution technologique du monnayage n’est jamais sans rapport au pouvoir et à la hiérarchie (…) C’est pourquoi il importe d’appréhender les techniques de monnayage dans leur environnement social et politique » indique Ludovic DESMEDT.

De l’électrum, alliage d’or et d’argent qui était extrait du fleuve Pactole pour être modelé et transformé en pièces dans l’Antiquité, au bitcoin qui se explose depuis 2009 et fait trembler les banques…les « routes de la monnaie » sont sinueuses, et passent, entre autres, par la monnaie primitive (barres de sel, fèves de cacao), les crises d’hyper-inflation, des valeurs refuges (comme l’or en cas de crise) ou encore l’invention de la carte bleue.

« IMPOSSIBLE »… DE TROUVER DE NOUVELLES PROBLÉMATIQUE DE RECHERCHE ?

Ce qui passionne le chercheur ? Découvrir de nouveaux cas de grands bouleversements monétaires. Ce fut le cas en Hongrie en 1946, au Zimbabwe en 2008 ou au Vénézuela récemment, mais tous ne sont pas connus ! Parce que « c’est fascinant », il enquête sur « ceux qui ont fait sauter la banque » !

« IMPOSSIBLE »… DE VIVRE SANS MONNAIE ?

Ludovic en est persuadé:  « même si on n’arrive pas à les identifier, il y a toujours des objets ou des idées qui permettent le transfert des richesses ». Dents, coquillages, pièces, billets, chèques…mêmes si rien n’est complètement sûr, une société a besoin de réguler ses échanges. Et pourtant, certains ont tenté de s’en passer, comme en Russie dans les es années 1920.

Ile_NoirePhoto : Hergé/Moulinsart

« IMPOSSIBLE »… ÉGALITÉ ?

« Les relations monétaires instaurent des relations hiérarchiques entre agents, hier comme aujourd’hui, dans le monde pré- ou post-bancaire. Et ce n’est certainement pas les machines, si ingénieuses soient-elles, qui les aboliront ».

« IMPOSSIBLE »… DÉMATÉRIALISATION ?

« La dématérialisation est très largement un mythe. Certes, historiquement, la frappe des monnaies supposait un processus de transformation de la matière (métal ou papier) qui nécessitait un travail collectif en atelier. Le rôle de plus en plus accessoire des presses rend le processus de monnayage plus abstrait, mais la dématérialisation n’est pas accomplie : le monnayage, même digital, réclame d’intenses dépenses d’énergie, l’utilisation de logiciels, la production de matériels hardware. L’économie numérique est grandement dépendante de matières diverses, sans lesquelles elle ne fonctionnerait pas. »

POURQUOI LA NUIT EUROPÉENNE DES CHERCHEURS ?

Elle permet de « vulgariser (s)es travaux. On n’est pas simplement fait pour publier dans une revue qui est lue par trente personnes ! La Nuit des Chercheurs est intense mais les questions du public sont toujours intéressantes ! 

 Billet

Ludovic DESMEDT sera présent à la Nuit des Chercheurs de Dijon le 29 septembre 2017, à la Maison des Sciences de l’Homme (MSH) de 18 h à 22 h.

Portrait de chercheur.e #4 : Vincent-Raphaël Carinola

Parce que ce sont eux qui, avec vous, « font la Nuit », nous vous proposons une série de portraits de chercheur.e.s à retrouver le 29 septembre !

Vincent-Raphaël Carinola est compositeur, donc… musicien. Mais il est aussi chercheur ! Il explore, à travers ses œuvres et sa recherche, les effets de l’évolution des technologies sur la transformation des catégories musicales : la partition, l’instrument, l’interprète, le concert, etc.

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 (C) Esther Carinola

En tant que chercheur au CIEREC, il montre comment des œuvres musicales résultent aujourd’hui d’agencements singuliers entre des « organes » (en musique, on parle bien d’organologie) dont les fonctions sont assumées par différents objets techniques. En effet, avec l’intégration des nouvelles lutheries numériques, l’instrument de musique, la partition, voire même l’interprète, semblent parfois impossible à situer précisément.

Professeur à l’École Supérieure de Musique Bourgogne-Franche-Comté, il est donc également compositeur. Et… les compositeurs, eux, se jouent des frontières entre ces catégories en inventant des dispositifs originaux ! Avec Philippe Cornus (*), il concocte pour la Nuit Européenne des Chercheurs la conférence-performance « : Composer et interpréter : où finit la partition, où commence l’instrument ? ».

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A travers « Toucher », œuvre pour theremine, ordinateur et dispositif de spatialisation sonore, Vincent-Raphaël Carinola et Philippe Cornus offrent un exemple d’exploration de ces nouvelles formes d’écriture et de performance musicale, dans lesquelles la recherche et la virtuosité ne cèdent en rien… à la magie et l’humour !

(*) Percussioniste, Professeur au Conservatoire à Rayonnement Régional de Besançon / Zone(s) de combat (ZDC)

Découvrez la conférence-performance « TOUCHER » à la maison des Sciences de l’Homme (MSH) à 19h30 et 21 h.

Portrait de chercheur.e #3 : Jonhattan Vidal, archéologue

Parce que ce sont eux qui, avec vous, « font la Nuit », nous vous proposons une série de portraits de chercheur.e.s à retrouver le 29 septembre !

A la fin du IIe siècle avant notre ère, les Eduens, un important peuple gaulois allié historique de Rome, ont édifié leur capitale fortifiée (ou oppidum), au sommet du Mont Beuvray, dans le Morvan. Dans des maisons modestes ou luxueuses, dans les ateliers et les commerces, la vie s’organisait. Jules César lui-même l’évoque dans ses écrits ! Raisons de plus pour tenter de percer ses secrets…

Un  site de cette importance est un gisement d’informations exceptionnel pour mieux comprendre la vie quotidienne des Gaulois, leurs techniques, leurs pratiques commerciales… Mais cette ville, peut-on la voir ? Hélas non, car au fil du temps, les habitants la délaissèrent pour la moderne ville romaine d’Augustodunum (Autun) et la forêt l’a peu à peu recouverte…

Alors comment explorer les trésors qui se cachent sous nos pieds, et reconstituer le plan général de cette grande ville gauloise ? C’est le défi de Jonhattan Vidal, archéologue au Centre archéologique européen de Bibracte. En plus de fouilles archéologiques, il utilise différentes techniques qui, combinées, permettent de compléter peu à peu la cartographie de Bibracte.

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Impossible… de « voir » une ville sous la forêt ?

Depuis plus d’un siècle, des archéologues de toute l’Europe viennent explorer différents endroits de la ville. Or ils n’ont pu fouiller qu’à peine 10% de sa surface. Jonattan met sa pierre à l’édifice pour mieux « voir » Bibracte ensevelie.

Il se sert des fouilles bien sûr, et donc des plans et relevés des constructions déterrées. Mais il utilise également la prospection géophysique, méthode qui permet de sonder sans creuser, grâce à des mesures magnétiques, électriques ou électromagnétiques (radar). De plus, un scanner laser embarqué dans un avion (LiDAR) a permis de faire un relevé général des microreliefs du terrain, même sous la forêt, pour trouver la trace de constructions passées. Bibracte est en effet l’un des premiers sites archéologiques à avoir bénéficié de cette technologie. Jonhattan s’en réjouit : «  Je trouve fascinant d’utiliser toutes ces technologies sur le terrain pour révéler ce que les yeux ne peuvent voir ! ».

Et ensuite ? Il traite et combine toutes ces données dans des logiciels de cartographie et reconstruit le plan de la ville pour mieux l’étudier…et comparer le site avec les autres oppida d’Europe.

Lidar

Photos :  Bibracte.fr

Entre objets gaulois et « high-tech » moderne, Jonattan soulève un coin du voile de la « ville gauloise sous la forêt ». Que peut-il révéler ? Demandez-lui, ainsi qu’à ses collègues Andrea Fochesato, Nicolas Delferriere et Vincent Balland le 29 septembre entre 18 h et 22 h à la Maison des Sciences de l’Homme (MSH / GRANDE SALLE).